Des marais aux tourbières en passant par les lagunes et les mangroves… les zones humides présentent de multiples facettes et abritent de nombreuses espèces végétales et animales. Par leurs différentes fonctions, elles jouent un rôle primordial dans la préservation de la ressource en eau ou encore dans la prévention des crues.
Elles sont aujourd’hui menacées par les activités humaines et les changements globaux. Leur préservation représente des enjeux environnementaux, économiques et sociaux importants.
Le rôle incontournable des zones humides
Ces milieux diversifiés d’une grande qualité paysagère (marais, mares, prairies humides, tourbières, lagunes, estuaires, mangroves… ) rendent de très grands services pour préserver la biodiversité et lutter contre les dérèglements climatiques :
- ils accueillent de nombreuses espèces ;
- ils préservent la ressource en eau, en qualité et en quantité ;
- ils atténuent certains risques naturels (inondations, submersions marines) ;
- ils limitent les effets du changement climatique, par leur capacité de stockage du carbone ;
- ils jouent un rôle économique important, en agriculture, en pisciculture, ou encore comme espaces de loisirs et de tourisme.
Les zones humides dans les parcs nationaux
En Guadeloupe, la forêt marécageuse
En Guadeloupe, la forêt marécageuse représente plus de 5 000 ha où poussent une trentaine d’espèces végétales que l’on ne retrouve dans aucun autre écosystème. Le Mangle médaille ou le Sandragon (Pterocarpus officinalis) et le Cachiman (Anona glabra) y sont représentés en majorité. En formant une zone tampon entre terre et mer, cette forêt joue un rôle écologique primordial. Les espèces qui la composent filtrent d’une part les boues qui se déversent vers le milieu marin, protégeant ainsi la barrière de corail, et d’autre part, les terres et les habitations des inondations, de la montée des eaux et des houles cycloniques.
Malheureusement, sous l’effet du changement climatique, cette forêt est prise en étau entre la montée des eaux salées du côté littoral et la déforestation pour répondre aux projets d’urbanisation du côté terrestre. D’une part, la montée des eaux entraîne une salinisation des sols qui permet aux palétuviers de mangrove de gagner du terrain au détriment des Mangles médaille qui supportent moins bien cet environnement salin. De plus, l’expansion du pâturage et des projets d’urbanisation empiètent gravement sur son espace.
Depuis 2016, le Parc national de la Guadeloupe et la ville des Abymes ont engagé le reboisement de 18 hectares dans la forêt marécageuse de Golconde. Ce site en partie classé en zone protégée, est l’une des dernières forêts marécageuses les mieux conservées de la Caraïbe. Grâce à cette forêt littorale, les Abymiens bénéficient d’une protection naturelle contre les inondations, les houles cycloniques et plus globalement la montée des eaux. Cette action menée conjointement par le Parc national de la Guadeloupe, la commune des Abymes et le Conservatoire du Littoral vise à restaurer et préserver ce patrimoine naturel d’exception.
Les marais tufeux, une particularité du Parc national de forêts
L’eau, chargée en calcaire, en dépose une concrétion sur tout ce qu’elle touche, minéraux comme végétaux. Au fil des millénaires, il en résulte un bloc rocheux friable et très léger qu’on appelle le tuf. Les marais tufeux sont des biotopes humides composés de cette pierre un peu particulière. Du fait de la présence massive d’eau et de leur haute teneur en calcaire, ces marais sont riches d’une faune et une flore spécifiques et souvent protégées.
Les marais tufeux font partie des cibles patrimoniales du Parc national de forêts, son territoire comprenant la plus grande concentration de marais tufeux en France. Le Parc national a donc pour devoir d’en assurer la protection par la mise en place de différentes mesures. Plusieurs marais tufeux présentent des sentiers d’interprétation facilement accessibles, comme les tufières de Rolampont, de Vals-des-Tilles et de Germaines.
On y trouve une abondante flore à caractère montagnard ou boréal, dont le rare Choin ferrugineux, la Swertie pérenne ou les Linaigrettes. Également, parmi les habitués des lieux : des libellules, mais aussi de nombreux autres insectes à affinité montagnarde. Des mollusques, parfois rares, sont aussi très présents, de même qu’une grande variété d’amphibiens comme le Sonneur à ventre jaune. Les parties les plus humides peuvent aussi abriter l’Écrevisse à pattes blanches, une espèce particulièrement menacée en France.
Dans les Cévennes, des bactéries bienveillantes
Le territoire du Parc national des Cévennes compte plus de 2 000 zones humides. Les 5 000 km de cours d’eau qui sillonnent le Parc national sont bordés, sur leurs berges, de rideaux d’arbustes et d’arbres. Sur la plupart des bords de rivière, se dresse l'Aulne glutineux (Alnus glutinosa). Cet arbre possède souvent un réseau de fortes racines qui serpentent sur les berges maintenant solidement les amas de galets et graviers et sa souche résiste aux fortes crues. Ses racines, imputrescibles sous l’eau, se colorent en rouge vif lorsqu’elles sont à l’air libre. Mais ce qui fait surtout l’originalité des racines de l’Aulne glutineux, c’est qu’elles abritent des bactéries capables de capter l’azote atmosphérique et de le transformer en azote minéral assimilable. L’arbre bénéficie donc d’un apport en azote inépuisable ce qui lui permet aussi de fertiliser le sol afin de préparer le terrain aux espèces écologiques plus exigeantes qui lui succéderont. Autrefois, l’humble Aulne rendait aussi service aux Cévenols, son bois était utilisé pour la fabrication de sabots et ses branches réduites en fagots servaient à allumer les fours à pain.
Lire l'article "Les pieds dans l'eau" du Parc national des Cévennes
Les zones humides en haute montagne
Dans les massifs des Écrins, du Mercantour, des Pyrénées et de la Vanoise, les zones humides regroupent notamment des marais, des tourbières, des prairies humides, des sources, des suintements et des boisements humides. Situées à l’interface entre milieux terrestres et aquatiques, elles se caractérisent par des sols temporairement ou durablement gorgés d’eau. Leur diversité dépend notamment de l’eau, de sa composition, de la topographie et de l’altitude.
Elles abritent une biodiversité spécialisée, avec des végétaux comme les laîches, linaigrettes, sphaignes, parnassies et violettes des marais, ainsi que des espèces animales telles que le sonneur à ventre jaune, la salamandre tachetée, l’écrevisse à pattes blanches ou encore le campagnol amphibie.
Les zones humides de Méditerranée
Héron cendré, Tamaris d'Afrique, Massette, Flamant rose, Jacinthe à trois feuilles, Isoète de Durieu... la région méditerranéenne abrite une belle diversité de zones humides où des espèces végétales et animales se sont adaptées au fil des siècles à des conditions originales particulières. Le Parc national de Port-Cros compte trois types de zones humides importantes :
- Les lagunes et les marais littoraux sont composés d’un substrat d’une assez grande épaisseur. La végétation, adaptée à des niveaux d’eau douce, salée ou saumâtre différents, forme une mosaïque hétérogène que l’on peut observer dans les Vieux Salins ou le marais du Pousset.
- Les mares temporaires et les cours d’eau intermittents sont des zones dont le niveau d’eau change selon les précipitations, alternant entre des phases de mise en eau douce et de sécheresse. On retrouve par exemple des mares temporaires en forme de cuvette creusées dans un sol fin dans le massif des Maures ou sur les îles d'Hyères.
- Les prairies humides sont reconnaissables à leur nappe phréatique qui affleure et déborde en cas de fortes pluies. On peut notamment en observer au Plan de La Garde et du Pradet et à La Lieurette-Macany à Hyères.
La convention de Ramsar
La Convention sur les zones humides est un traité intergouvernemental qui sert de cadre à la conservation et à l’utilisation durable des zones humides et de leurs ressources. La Convention a été adoptée dans la ville iranienne de Ramsar, en 1971, et est entrée en vigueur en 1975. Depuis, près de 90 % des États membres de l’ONU, de toutes les régions géographiques du monde, s’engagent pour enrayer la dégradation ou disparition des zones humides, aujourd'hui et demain, en reconnaissant leurs fonctions écologiques ainsi que leur valeur économique, culturelle, scientifique et récréative sous la désignation de « site Ramsar ».
Depuis 1993, le Parc national de la Guadeloupe a créé un site Ramsar, l’un des premiers en Outre-mer, autour de la baie du Grand-Cul-de-Sac Marin. A Hyères, zone d'adhésion du Parc national de Port-Cros, 900 hectares d'anciens salins sont aussi classés comme sites Ramsar.