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Activité Agriculture

Le pastoralisme : un patrimoine vivant

Transhumance dans les Pyrénées © Pierre Meyer

Bien plus qu’un mode d’élevage, le pastoralisme fait vivre des territoires, entretient des milieux naturels, façonne des paysages et transmet une culture et des savoir-faire qui continuent d’évoluer au fil des générations.

Des troupeaux dans les alpages de la Vanoise et des Écrins, sur les estives des Pyrénées, les Causses cévenols ou les parcours du Mercantour et du Parc national de forêts : le pastoralisme est profondément inscrit dans les paysages des parcs nationaux. Au détour d’un sentier, il n’est pas rare de croiser un troupeau de brebis, de vaches ou de chèvres. En montagne, l’arrivée des animaux dans les alpages et les estives marque le début d’une nouvelle saison : celle de l’été pastoral. Plusieurs centaines de troupeaux rejoignent chaque année les parcours des parcs nationaux.

Derrière cette image familière se trouve une activité agricole ancienne, mais bien actuelle : le pastoralisme. Il désigne « l’ensemble des activités d’élevage valorisant par un pâturage extensif les ressources fourragères spontanées des espaces naturels » (Association française de pastoralisme).

Et si les troupeaux font partie intégrante des paysages des parcs nationaux, ce n’est pas un hasard.

Résumé en vidéo

Pastoralismes et biodiversité : une question d'équilibre

Une identité culturelle qui façonne les paysages

Dans de nombreux territoires, les paysages que nous connaissons aujourd’hui sont le résultat de siècles de pratiques pastorales. Alpages alpins, estives pyrénéennes, causses cévenols, landes ou encore prairies : en pâturant, les animaux entretiennent une mosaïque de milieux ouverts et contribuent à maintenir la diversité des paysages.

Dans plusieurs parcs nationaux de montagne, les surfaces pastorales représentent ainsi entre 30 % et 60 % du territoire. Ovins, caprins et bovins y jouent un rôle important dans l’entretien de ces espaces.

Le pastoralisme ne se résume toutefois pas à une activité agricole. Il a aussi laissé son empreinte dans le patrimoine : cabanes pastorales, chalets, burons, hameaux, itinéraires de transhumance, savoir-faire, fêtes et traditions témoignent de cette histoire commune entre les femmes, les hommes, les animaux et les paysages.

La transhumance, déplacement saisonnier des troupeaux, est d’ailleurs inscrite depuis 2023 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Une reconnaissance qui souligne la valeur culturelle de ces pratiques et des savoirs qui les accompagnent.

Une activité agricole qui fait vivre les territoires

Le pastoralisme appartient au patrimoine, mais il est loin d’être une pratique du passé.

Dans des territoires souvent montagneux, ruraux ou difficiles à mécaniser, il permet de valoriser des ressources naturelles qui seraient autrement peu exploitées. Il contribue au maintien d’exploitations agricoles, d’emplois et de services, et participe à la vitalité des vallées et des zones rurales.

Les élevages pastoraux produisent du lait, de la viande, de la laine ou encore des animaux destinés au travail et aux loisirs. Ils sont également à l’origine de nombreux produits locaux et peuvent contribuer à l’attractivité touristique des territoires.

Dans les huit parcs nationaux de l’Hexagone, on compte ainsi 4 578 exploitations agricoles. Le pastoralisme y prend des formes différentes selon les territoires : élevage ovin et caprin dans les Cévennes, élevage bovin-laitier en Vanoise, troupeaux présents dans les vallées et les estives des Pyrénées, des Écrins ou du Mercantour…

Cette diversité rappelle une chose essentielle : il n’existe pas un pastoralisme unique, mais des pastoralisme adaptés à chaque territoire.

Un regain de la pratique au Parc national de forêts 

Généralement associé à la montagne, le pastoralisme existe également en plaine. Sur le territoire du Parc national de forêts, le renouveau de cette pratique témoigne du retour de systèmes d’élevage ovin adaptés au territoire, encore bien présents jusque dans les années 1940. Plusieurs initiatives émergent, portées par des acteurs engagés dans la recherche de solutions durables de valorisation des milieux naturels par les activités agricoles. Parmi eux, Gabrielle Bersonnet, éleveuse à Menesble, conduit un troupeau de 70 brebis Mérinos précoce. Elle participe ainsi à la valorisation des prairies riches en espèces mais également au renouveau de cette race à faible effectif, réputée pour sa rusticité et la qualité de sa laine. À Buxerolles, Pierre Bellanger pratique le métier de berger itinérant de plaine à travers un élevage conduit en plein air, toute l’année, qui contribue au maintien de cette pratique devenue rare.

Valoriser l’économie locale avec Esprit parc national

L’offre de prestations agricoles et touristiques estampillées Esprit parc national couvre aujourd’hui plusieurs filières. Les filières "lait et produits laitiers", "viande", "sorties de découverte", "visites de sites" ou encore "artisanat" ont toutes en commun d’être écoresponsables et favorisent une approche respectueuse des territoires des parcs nationaux.

Construire des équilibres durables

Depuis plusieurs décennies, les parcs nationaux travaillent aux côtés des éleveurs afin de concilier activités pastorales et préservation des patrimoines naturels. Cette coopération repose sur la connaissance scientifique, le dialogue et la recherche de solutions adaptées aux réalités locales. L’objectif est de construire des systèmes d’élevage durables capables de répondre aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux des territoires.

Le pâturage peut notamment contribuer à limiter la fermeture des paysages et, dans certains territoires, à réduire le risque d’incendie. Les espaces pastoraux accueillent également une grande diversité d’habitats et d’espèces, tout en participant au fonctionnement des sols et au cycle de l’eau.

Parfois, la recherche d’équilibre passe par des actions très concrètes.

Dans le Parc national du Mercantour, par exemple, la préservation de la Reine des Alpes, une plante rare présente dans le vallon du Lauzanier, a conduit éleveurs, bergers, propriétaires et gestionnaires d’espaces naturels à travailler ensemble. L’adaptation du calendrier de pâturage sur une partie limitée de l’alpage permet de préserver le cycle de reproduction de la plante tout en maintenant l’activité pastorale.

Un exemple parmi d’autres de la manière dont connaissance, dialogue et expérience de terrain peuvent permettre de construire des solutions locales.

La reine des alpes : un exemple de conciliation réussie

Opération Reine des Alpes (version longue)

Face au changement climatique, préparer l’avenir

Comme l’ensemble du monde agricole, le pastoralisme est aujourd’hui confronté à de profondes évolutions : hausse des températures, modification des précipitations, sécheresses plus fréquentes, évolution de la ressource en eau et des ressources fourragères, mais aussi renouvellement des générations et viabilité économique des exploitations.

Les systèmes pastoraux disposent néanmoins d’atouts pour s’adapter. En s’appuyant sur des ressources naturelles diversifiées et renouvelables, ils peuvent contribuer à l’autonomie des exploitations et à la résilience des territoires.

Dans les Alpes, le programme Alpages Sentinelles réunit ainsi éleveurs, bergers, chercheurs et gestionnaires d’espaces protégés pour observer les effets du changement climatique sur les alpages. Le croisement des observations scientifiques et de l’expertise de terrain permet de mieux comprendre l’évolution de la ressource pastorale, de la biodiversité et des pratiques d’élevage, et d’identifier des pistes d’adaptation.

D’autres projets, comme ACLIMO, s’intéressent notamment à la disponibilité future de l’eau en montagne et à ses conséquences pour les activités pastorales.

Né dans les Alpes françaises, le programme Alpages Sentinelles réunit éleveurs, bergers, chercheurs et gestionnaires d’aires protégées pour suivre les effets du changement climatique sur les alpages. En croisant observations scientifiques et expertise de terrain, il permet de mieux comprendre l’évolution des ressources pastorales, de la biodiversité et des pratiques d’élevage. Déployé notamment dans les parcs nationaux de la Vanoise, des Écrins et du Mercantour, ce réseau contribue à construire des solutions d’adaptation pour préserver durablement les activités pastorales et les milieux de montagne.

Financé par le programme européen Interreg ALCOTRA, ACLIMO (2023-2026) aide les territoires alpins à s’adapter à la raréfaction de la ressource en eau liée au changement climatique. Le projet associe plusieurs parcs nationaux français (Vanoise, Mercantour, Écrins) et italiens pour améliorer les connaissances sur les impacts environnementaux, préserver les zones humides et accompagner l’adaptation des activités pastorales, essentielles à l’équilibre des espaces de montagne.

Partager les espaces, partager les usages

Le pastoralisme fait aussi partie de l’expérience des visiteurs.

Randonneurs, cyclistes, éleveurs, bergers et troupeaux fréquentent parfois les mêmes espaces. La présence de chiens de protection peut notamment surprendre les personnes qui ne connaissent pas leur rôle.

C’est pourquoi plusieurs Parcs nationaux mettent en place des actions de sensibilisation et de médiation. Dans les Cévennes, des médiateurs pastoraux accompagnent notamment les visiteurs pour leur apprendre les bons comportements à adopter face aux chiens de protection et favoriser le dialogue avec les professionnels. En Haute-Maurienne, dans le Parc national de la Vanoise, une démarche de conciliation des usages est également engagée en 2026 pour faciliter la cohabitation entre activités pastorales et pratiques de loisirs.

Mieux connaître le pastoralisme, c’est donc aussi mieux comprendre les paysages que l’on traverse et apprendre à les partager.

Comment se comporter avec un chien de protection de troupeau ?

Pour votre sécurité et le respect du travail des éleveurs et bergers, il est important d'adapter son comportement afin d'assurer une rencontre apaisée avec les chiens de protection

Héliportage d'une cabane d'estive en 2017 © P. Saulay - Parc national des Ecrins
Pascal, et Elsa, saisonniers au sommet de l'Aigoual en 2023 avec Raphaël, berger transhumant. © A. Majourel - Parc national des Cévennes

Un patrimoine vivant à transmettre

Observer un troupeau dans un alpage, suivre un itinéraire de transhumance, découvrir le métier de berger ou goûter un produit issu d’un élevage pastoral, c’est ainsi entrer dans une histoire qui continue de s’écrire. Une histoire où agriculture, biodiversité, paysages et culture sont étroitement liés.

Dans les parcs nationaux, préserver ce patrimoine vivant signifie donc aussi accompagner celles et ceux qui le font vivre aujourd’hui, et contribuer à lui donner un avenir.

Animation scolaire en mai 2026 © E. Deutsch - Parc natinal des Pyrénées
Escape Game "où sont passées tes brebis" © Pierre Meyer AE Medias