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Enjeux

Espèces exotiques envahissantes : une menace pour les écosystèmes

Présentation d'un projet de restauration au Parc national de La Réunion © I. Martel - Parcs nationaux

Des plantes ou des animaux introduits par l’être humain peuvent bouleverser les équilibres naturels et mettre en péril des espèces indigènes, un enjeu particulièrement fort dans les parcs nationaux.

Une pression sur la biodiversité

Toutes les espèces introduites dans un nouveau territoire ne deviennent pas pour autant envahissantes. On parle d’espèce exotique envahissante (EEE) lorsqu’une espèce introduite en dehors de son aire de répartition naturelle s’installe et se développe au point d’avoir des impacts sur les écosystèmes, les espèces indigènes ou les activités humaines.

Certaines trouvent dans leur nouvel environnement des conditions particulièrement favorables : absence de prédateurs naturels, ressources abondantes ou capacité à se reproduire rapidement. Elles peuvent alors entrer en compétition avec les espèces locales pour l’espace, la lumière, l’eau ou la nourriture, modifier les habitats ou exercer une prédation sur des espèces qui n’ont pas évolué avec elles.

Les conséquences peuvent se propager au-delà des espèces directement concernées. En formant des peuplements denses, certaines plantes exotiques envahissantes empêchent par exemple la végétation indigène de se régénérer, ce qui peut à son tour priver certains animaux de ressources ou d’habitats. Les espèces animales introduites peuvent quant à elles transmettre des parasites ou des maladies, ou exercer une prédation importante sur des espèces locales.

Ces transformations peuvent entraîner une diminution de la diversité biologique et rendre les écosystèmes plus vulnérables à d’autres perturbations, comme le changement climatique, les incendies ou l’arrivée de nouveaux parasites et pathogènes. Les espèces exotiques envahissantes figurent ainsi parmi les principales causes d’érosion de la biodiversité à l’échelle mondiale.

Dans les parcs nationaux, ces phénomènes font l’objet d’une attention particulière. Ces territoires abritent des milieux remarquables et des espèces rares, parfois endémiques, dont les populations peuvent être particulièrement vulnérables à l’arrivée et à la prolifération de nouvelles espèces. Cette situation est notamment marquée dans les territoires insulaires, où l’isolement géographique a favorisé l’apparition d’une biodiversité originale.

Les espèces exotiques envahissantes ont ainsi été identifiées comme une grave menace sur la biodiversité locale dans les Parcs nationaux de La Réunion, des Calanques, de Port-Cros et de la Guadeloupe.

Figuiers de Barbarie aux raquettes vert clair parsemées d’épines, parmi des pierres arrondies à lichens orange, sous un ciel bleu
Figuiers de Barbarie, originaire du Mexique © Parc national des Calanques
Lophocladia formant une touffe dense rouge sur un rocher sous l’eau, herbier à longues feuilles vertes à gauche, eau bleue en fond
Lophocladia, algue rouge originaire de la mer rouge et de l’océan Indien © Parc national de Port-Cros
Raton laveur tête baissée vers un tronc, masque noir sur les yeux, queue annelée, au milieu d’un feuillage vert
Raton laveur, originaire d’Amérique du Nord © Parc national de la Guadeloupe

À La Réunion, protéger une biodiversité unique

Le Parc national de La Réunion abrite une biodiversité exceptionnelle, avec de nombreuses espèces endémiques particulièrement vulnérables aux espèces introduites.

Plusieurs plantes exotiques envahissantes, comme le longose, la vigne marronne ou le raisin marron, peuvent coloniser les milieux naturels et concurrencer la végétation indigène. Le Parc national agit notamment par la surveillance, la détection précoce, des opérations d’arrachage et de contrôle, ainsi que par la restauration des habitats.

La faune est également concernée. Le Tuit-tuit, ou Échenilleur de La Réunion, est notamment menacé par la prédation du rat noir, du rat surmulot et du chat haret. Le Parc national et ses partenaires mettent en œuvre des actions de régulation de ces prédateurs dans les secteurs où vit l’espèce afin de favoriser sa survie et sa reproduction.

Les pétrels de La Réunion, dont le Pétrel de Barau et le Pétrel noir de Bourbon, font eux aussi l’objet d’actions de conservation.

Gros tas de racines de longose arrachées au bord d’un chemin, deux personnes chargeant une camionnette blanche, collines brumeuses en fond
Chantier contre le longose © Parc national de La Réunion
Plusieurs personnes penchées coupent des buissons d’ajonc à fleurs jaunes avec des coupe-branches, ciel gris, arbres brûlés à droite
Chantier contre l'Ajonc d'Europe au Maïdo © Parc national de La Réunion

Des solutions qui mobilisent tous les acteurs

La lutte contre les espèces exotiques envahissantes est un travail de longue durée. Elle repose sur les connaissances scientifiques, des observation de terrain et la coopération entre les gestionnaires d'espaces naturels, les scientifiques, les collectivités, les associations, les habitants et les visiteurs.

Les actions peuvent prendre différentes formes : arrachage des plantes, capture ou régulation de certaines espèces animales, restauration des habitats ou encore suivi régulier des populations. Dans certains cas, des opérations participatives permettent également d’associer les habitants.

La sensibilisation constitue enfin un volet essentiel. Mieux connaître les espèces indigènes et comprendre la fragilité des écosystèmes permet de prendre conscience des conséquences que peuvent avoir certaines introductions ou dispersions, même involontaires.

Préserver les parcs nationaux face aux espèces exotiques envahissantes, c’est donc agir à plusieurs niveaux : prévenir les introductions, détecter rapidement les nouvelles espèces, intervenir lorsque cela est nécessaire et restaurer les milieux fragilisés.