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Enjeux

Fréquentation : trouver l’équilibre entre accueil et préservation

Voir ci-après.
Pic de fréquentation à En-Vau © Z. Bruyas - Parc national des Calanques

La nature est un bien commun : elle doit pouvoir être découverte, à condition de l’être dans le respect de sa fragilité.

Avec plus de 10 millions de visiteurs chaque année, les parcs nationaux sont des territoires largement ouverts au public. Dans certains sites particulièrement attractifs, la fréquentation peut atteindre des niveaux qui exercent une pression importante sur les milieux naturels. L’enjeu est alors de trouver les conditions d’un accueil compatible avec la préservation des espaces et avec une expérience de visite de qualité.

Quand la fréquentation devient une pression

La fréquentation n’est pas, en elle-même, un problème. Elle peut même contribuer à faire connaître les enjeux de protection de la nature et à créer un lien durable entre les visiteurs et les territoires. C’est lorsque les visiteurs se concentrent sur certains sites, à certaines périodes ou selon certaines pratiques, que des déséquilibres peuvent apparaître.

Par exemple, dans le Parc national des Calanques, plus de 3 millions de visites sont recensées chaque année, à terre comme en mer. Sur certains sites, les pics estivaux ou les week-ends de beau temps peuvent atteindre plusieurs milliers de personnes par jour. À Sugiton, le piétinement répété a notamment contribué à l’érosion des sols et à la fragilisation de la végétation.

En montagne, les situations sont différentes mais les phénomènes de concentration existent également. Dans les Écrins, l’été 2025 a ainsi été marqué par une fréquentation accrue de certains sentiers, mais aussi par un fort attrait pour le bivouac. Sur cinq sites étudiés, le nombre de tentes recensées a doublé en quatre ans : jusqu’à 215 tentes ont été comptabilisées en une seule nuit au lac de la Muzelle. 

Les impacts ne se limitent pas au piétinement. Ils peuvent concerner la tranquillité de la faune, l’érosion des sols, la végétation, la qualité de l’eau, les déchets, les risques d’incendie ou encore les conflits entre différents usages. À cela s’ajoutent des enjeux de sécurité, de circulation et de stationnement, notamment lorsque les accès aux sites sont saturés.

Voir ci-après.
Déchets à proximité d'un bivouac au Lauvitel © O. Sabatier - Parc national des Ecrins
© D. Pelletier - Parc national des Pyrénées
Plusieurs tentes autour d'un lac de haute-montagne
Pic de la fréquentation bivouac week-end 15 août 2025 (215 tentes), refuge de la Muzelle © O. Perruisset - Parc national des Ecrins
Les herbiers de posidonies, véritables forêts sous-marines, sont particulièrement sensibles aux déchets plastiques.

Mieux connaître pour mieux agir

Face à ces situations, la première étape consiste à mieux comprendre les phénomènes de fréquentation. Combien de personnes viennent ? À quels moments ? Par quels accès ? Pour quelles activités ? Quels sont les sites qui concentrent les visiteurs et quels impacts cette présence produit-elle sur les milieux ?

Les parcs nationaux développent pour cela des outils de comptage, des enquêtes auprès des visiteurs et des suivis environnementaux. Cette connaissance permet d’adapter les réponses à chaque territoire.

Au sol, deux mains tenant à un téléphone à proximité d'une dalle-écocompteur enterré
Relevé du compteur pédestre du pré de madame Carle © T. Maillet - Parc national des Ecrins
Journée d’échange de la destination Parc national des Ecrins sur le tourisme, la mobilité et la fréquentation en 2024 © T. Maillet - Parc national des Ecrins

Informer, adapter, réguler

La gestion de la fréquentation repose ainsi sur une palette d’actions. La sensibilisation constitue un premier levier essentiel : expliquer les règles, leurs raisons et les bons comportements permet de donner à chacun les clés pour une découverte respectueuse. En haute-saison, des équipes de médiation et des saisonniers vont à la rencontre des visiteurs.

L’aménagement peut également contribuer à mieux organiser les flux : parkings, navettes, signalétique, points d’information, sentiers ou zones de quiétude permettent d’orienter les visiteurs tout en limitant les impacts. Le développement de solutions d’écomobilité participe à la même logique. Ces solutions sont réfléchies avec les acteurs des territoires et les collectivités.

Enfin, lorsque les autres mesures ne suffisent pas à protéger un site particulièrement vulnérable, une régulation des accès ou des pratiques peut être nécessaire. À Sugiton, le Parc national des Calanques a ainsi expérimenté dès 2022 un accès sur réservation afin de limiter la fréquentation quotidienne et de permettre au milieu de se régénérer. Sur l’île de Porquerolles, le Parc national de Port-Cros travaille également depuis plusieurs années à la régulation des flux de visiteurs arrivant par navette maritime. Ces démarches s’inscrivent dans le cadre juridique renforcé par la loi de 2021 relative à la régulation de l’hyperfréquentation dans les espaces protégés.

 

Installation d'un fanion jaune et noir pour matérialiser la zone "tetras quiet"
Installation d'un "tétras quiet" dans le vallon du Lauzanier © F. Breton - Parc national du Mercantour
Voir ci-après
Transport maritime public par navette vers Porquerolles : le nombre quotidien de passagers est limité © M. Gasquy - Parc national de Port-Cros

L’objectif est finalement de préserver ce qui fait l’attractivité des parcs nationaux : des espaces naturels vivants, fragiles et accessibles. Car mieux accueillir, c’est aussi apprendre à mieux partager les lieux, à respecter leurs limites et à permettre aux générations futures de continuer à les découvrir.