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Retour d'expérience

Les parcs nationaux, des laboratoires à ciel ouvert

Discussion entre membres du conseil scientifique du Parc national des Ecrins - Juillet 2016 © Gaelle Ronsin - IRSTEA

Des glaciers aux récifs coralliens, des forêts tropicales aux alpages, les parcs nationaux sont aussi des territoires privilégiés pour observer, comprendre et documenter les transformations du vivant et des paysages. Depuis des décennies, chercheurs et équipes des parcs y travaillent ensemble pour mieux connaître ces territoires exceptionnels.

Observer pour mieux comprendre

Que se passe-t-il dans une forêt lorsqu'elle évolue au fil des décennies ? Comment un glacier réagit-il aux changements du climat ? Comment les populations animales se déplacent-elles ? Quelle place les activités humaines ont-elles occupée dans la transformation des paysages ?

Pour répondre à ces questions, il faut observer. Et parfois observer longtemps.

Les parcs nationaux jouent un rôle particulier dans cette démarche. Leur mission de protection des patrimoines naturel, culturel et paysager repose notamment sur une connaissance fine des territoires. Comprendre leur histoire, leur fonctionnement et leurs évolutions permet de mieux les préserver.

La recherche scientifique contribue ainsi directement à cette connaissance. Elle permet d'étudier les espèces et les écosystèmes, mais aussi les paysages, le climat, la géologie, l'histoire, l'archéologie ou encore les relations entre les sociétés humaines et leur environnement.

La relation fonctionne dans les deux sens : les parcs ont besoin des connaissances produites par la recherche pour éclairer leurs actions, tandis que les chercheurs trouvent dans ces territoires des conditions particulièrement favorables pour mener leurs travaux.

Des terrains de recherche exceptionnels

Les 11 parcs nationaux français offrent une diversité de situations remarquable. On y trouve des forêts tropicales, des mangroves et des récifs coralliens, des volcans, des littoraux méditerranéens, des îles, des forêts, des vallées alpines, des glaciers, des lacs et des alpages.

Cette diversité permet aux scientifiques d'étudier des phénomènes très différents. Elle permet aussi de comparer des territoires et de mieux comprendre des phénomènes plus généraux, comme les effets du changement climatique ou l'évolution de la biodiversité.

La recherche s’intéresse à toutes les facettes du vivant

Quand on pense à la recherche dans un parc national, on imagine souvent un biologiste observant une espèce rare ou étudiant un écosystème. C'est bien une partie de la réalité, mais loin d'être la seule.

Les recherches peuvent porter sur la géologie, la géographie, le climat, l'écologie, la biologie, mais aussi sur l'histoire, l'archéologie, l'ethnologie, l'anthropologie, la sociologie, l'économie ou encore le droit.

Car les territoires des parcs nationaux sont aussi des territoires où les humains vivent, travaillent et laissent leur empreinte.

Dans de nombreux parcs, les paysages et certains milieux naturels ont d'ailleurs été façonnés au fil des siècles par les activités humaines : pastoralisme, fauche, agriculture, sylviculture...

Comprendre la nature, c'est donc aussi comprendre les relations que les sociétés entretiennent avec elle.

Des territoires où l'on peut observer le temps long

Pour comprendre certains phénomènes, quelques mois ou quelques années ne suffisent pas.

Il faut parfois suivre un même site pendant plusieurs décennies.

C'est l'un des grands atouts des parcs nationaux. Le statut de ces territoires permet d'y inscrire des dispositifs de recherche et d'observation dans la durée, avec des protocoles réguliers et des données qui s'accumulent au fil des années.

Un glacier peut être suivi année après année. Une forêt peut être observée à partir de placettes permanentes. La température d'un lac ou de la mer peut être mesurée régulièrement. Des espèces peuvent être recensées selon des protocoles identiques, permettant de détecter progressivement des évolutions.

Chaque nouvelle observation vient alors compléter les précédentes.

À terme, ces séries de données constituent une véritable mémoire scientifique du territoire.

Des « sites de référence » pour observer les changements

Pour développer ces observations dans la durée, les parcs nationaux ont mis en place des sites de référence.

Ces sites sont suivis sur le long terme afin de mieux comprendre les dynamiques naturelles et les effets des changements qui touchent les territoires.

Ils peuvent être très différents les uns des autres : alpages, lacs d'altitude, forêts, glaciers, stations météorologiques, sites archéologiques, points d'écoute de l'avifaune ou encore stations de suivi des paysages.

Certains sont particulièrement protégés. C'est notamment le cas des réserves intégrales, instituées dans certains cœurs de parcs nationaux dans un objectif scientifique de protection renforcée de la biodiversité.

Parmi elles figurent la réserve intégrale du Lauvitel dans le Parc national des Écrins, celles des îlots de Bagaud, de la Gabinière et du Rascas dans le Parc national de Port-Cros, la réserve intégrale de Roche Grande dans le Parc national du Mercantour ou encore celle d'Arc-Châteauvillain dans le Parc national de forêts.

Ces lieux jouent un rôle de témoin. Ils permettent notamment de mieux distinguer ce qui relève des évolutions naturelles de ce qui est lié aux changements de pratiques ou aux pressions exercées sur les milieux.

Des laboratoires, mais pas des territoires figés

Il serait pourtant trompeur d'imaginer les parcs nationaux comme des espaces totalement sauvages et isolés des activités humaines.
La réalité est beaucoup plus diverse. Certains cœurs de parcs sont habités, comme dans les Cévennes, en Guyane ou à La Réunion. D'autres sont soumis à une fréquentation touristique importante, comme à Port-Cros ou dans les Calanques.

Les recherches peuvent donc porter aussi bien sur des espaces à forte naturalité que sur des territoires agricoles, forestiers, habités ou fréquentés.

Cette diversité est précieuse : elle permet d'étudier les interactions entre les milieux naturels et les activités humaines, mais aussi de comparer différentes façons de gérer ou d'utiliser un même type de milieu.

Les aires d'adhésion jouent elles aussi un rôle important. Elles abritent des milieux naturels riches, mais aussi des zones de circulation et d'échanges entre les populations animales et végétales. La recherche peut ainsi franchir les frontières entre les différents espaces du parc et s'intéresser au fonctionnement de l'ensemble du territoire.

Chercheurs et équipes des parcs : un travail en commun

La recherche dans les parcs nationaux ne repose pas uniquement sur la mise à disposition d'un terrain.

Les équipes des parcs disposent d'une connaissance très fine des territoires et de leurs acteurs. Elles peuvent accompagner les chercheurs, faciliter leur accès aux sites, partager des données issues d'inventaires ou de suivis et contribuer à la collecte d'informations sur le terrain.

Dans certains projets, les agents des parcs participent eux-mêmes à des protocoles scientifiques, par exemple en réalisant régulièrement des observations ou des relevés selon des méthodes standardisées.

Les parcs peuvent également contribuer à la définition des questions de recherche, lorsque celles-ci répondent à des enjeux identifiés sur leurs territoires. Cette coopération permet de croiser deux formes de connaissance : celle produite par la recherche scientifique et celle acquise au quotidien par les professionnels qui travaillent sur le terrain.

Une mémoire du vivant pour comprendre demain

Un relevé de température, une observation d'oiseau, une mesure sur un glacier ou le suivi d'une forêt peuvent sembler, pris isolément, n'être qu'une donnée parmi d'autres. Mais lorsque ces observations sont répétées année après année, elles prennent une tout autre valeur.

Elles racontent l'histoire d'un territoire et permettent de détecter des changements parfois imperceptibles à l'échelle d'une vie humaine.

C'est toute la force de la recherche menée dans les parcs nationaux : prendre le temps d'observer pour mieux comprendre les transformations du vivant, des paysages et des sociétés.

Dans un monde où les changements s'accélèrent, cette mémoire scientifique constitue un outil précieux. Elle permet de mieux comprendre ce qui est en train de se passer aujourd'hui et, peut-être, de mieux préparer les territoires de demain.