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Enjeux

Changement climatique

Glacier du Taillon, Pyrénées © G. Besson - Parc national des Pyrénées

Les parcs nationaux de France, acteurs des territoires pour atténuer les changements climatiques et s'adapter à leurs effets.

 

Le changement climatique, c'est quoi ?

Le changement climatique désigne la modification durable du climat sous l'effet des gaz à effet de serre émis par les activités humaines. En découle notamment l'altération du cycle de l'eau, l'élévation du niveau des mers, l'augmentation de fréquence et de violence d'événements extrêmes comme des vagues de chaleur, des sécheresses ou encore des pluies intenses. Autant de bouleversements qui affectent négativement les sociétés humaines, la faune, la flore et les écosystèmes dans leur ensemble.

Les conclusions de la communauté scientifique, synthétisées par le Giec, font consensus sur le rôle des activités humaines dans ce dérèglement.

Ce phénomène s’impose à tous : à l'échelle mondiale, la température atmosphérique moyenne s'est élevée de 1,2 °C au cours de la décennie 2014-2023 par rapport à l'ère préindustrielle. Selon les données disponibles en 2025, l’année 2024 était la plus chaude jamais enregistrée avec 1,55 °C au-dessus de cette référence.
Source : Statistique publique de l'énergie, des transports, du logement et de l'environnement 

En France hexagonale, le réchauffement observé est plus rapide qu'en moyenne planétaire : il atteint +2,1 °C  sur la période 2015-2024 depuis la période préindustrielle, dont 1,9 °C directement attribué au changement climatique. Les dernières décennies ont vu une accélération marquée du phénomène : les dix années les plus chaudes de la période 1900-2025 sont toutes postérieures à 2010.
Source : Observatoire des forêts françaises

Note : l'évolution de la température moyenne annuelle est représentée sous forme d'écart par rapport à la moyenne observée sur la période 1961-1990 (11,8 °C).
Source : Météo-France, 2025
Évolution de la température moyenne annuelle en France métropolitaine depuis 1900

Quels effets sur les parcs nationaux français ?

Les 11 parcs nationaux couvrent une grande variété d'écosystèmes terrestres et maritimes et sont représentés par une grande richesse faunistique et floristique. Selon leur situation géographique (montagne, insulaire, littoral, tropical, forestier), différents effets peuvent apparaître :
 

  • progression d'espèces exotiques envahissantes
  • apparition de nouvelles maladies
  • augmentation de l'acidité des mers et océans
  • réchauffement des eaux de surface et des eaux douces 
  • multiplication des événements climatiques extrêmes 
  • diminution de l'enneigement et recul des glaciers 
  • augmentation des sécheresses favorisant les feux de forêts et le stress hydrique de la végétation
  • élévation du niveau de la mer et érosion du littoral
  • décalage des cycles biologiques et déplacement des aires de répartition des espèces

Des impacts déjà présents

Dans les territoires des parcs nationaux les observations s'accumulent, elles portent sur la climatologie, l’hydrologie et surtout les espèces et leurs écosystèmes. Les exemples et leurs conséquences sont multiples et variables selon les zones.

  • En mer, les vagues de chaleur provoquent notamment des mortalités massives. Dans le Parc national des Calanques, par exemple, 69 % des gorgones rouges vivant entre la surface et 40 m de profondeur sont mortes lors de la canicule marine de 2022. Dans le Parc national de Guadeloupe, c’est le recouvrement corallien qui a chuté d'environ 50 % entre 2022 et 2025.
  • En forêt, les signes sont nombreux, le calendrier des saisons se décale, les espèces gagnent en altitude et les peuplements s'affaiblissent. Dans le Parc national des Cévennes par exemple, les premières feuilles des hêtres du mont Lozère apparaissent en moyenne 19 jours plus tôt qu'en 1980, un débourrement précoce qui les expose aux gelées tardives. Les aires de répartition, elles, se déplacent vers le haut. En Vanoise, le sapin pectiné est remonté de 300 à 400 mètres en cinquante ans, tandis que la chenille processionnaire du pin s'observe aujourd'hui à des altitudes inédites.
  • En altitude, le réchauffement est particulièrement marqué. Dans les Alpes, les températures ont augmenté de près de 2 °C depuis la fin du XIXe siècle, à un rythme presque deux fois plus rapide que dans le reste de l’hémisphère Nord. La diminution de la couverture neigeuse et glaciaire amplifie le phénomène : les surfaces privées de neige et de glace absorbent davantage de chaleur, ce qui accélère à son tour leur fonte. Les lacs d’altitude se réchauffent également et certains changent de fonctionnement. Source : Ministère de la Transition écologique - PNACC-3, p.73 
  • Le réseau Lacs Sentinelles, qui suit une vingtaine de lacs alpins avec les Parcs nationaux des Écrins, du Mercantour et de la Vanoise, mesure ces dernières années lors des épisodes de canicule des écarts pouvant atteindre 8 °C par rapport aux moyennes habituelles. Dans le Parc national de la Vanoise, le lac de l’Arpont a notamment dépassé 17 °C pendant l’été 2022, alors qu’il ne dépassé pas 6 °C avant 2019, lorsqu’il était encore alimenté par le glacier qui le surplombe.

Des aléas climatiques répétés

Le changement climatique se manifeste aussi par des ruptures brutales. Crues torrentielles, mouvements de terrain, pluies intenses, érosion : ces phénomènes ont toujours existé, mais leur fréquence augmente et change la nature du problème.

Dans le Mercantour, la tempête Alex en octobre 2020 a endommagé plus de 160 km de sentiers et endommagé 25 passerelles en zone cœur, nécessitant deux ans de travaux. Dans les Écrins, les crues du torrent ont dévasté le hameau de La Bérarde en juin 2024, avant que deux nouveaux épisodes ne frappent le même massif à quinze jours d'intervalle, en août 2026. Ces événements ne sont pas seulement plus fréquents, ils sont parfois inédits. À La Bérarde dans le massif des Écrins, en Isère, la vidange d'un lac supra-glaciaire a aggravé la crue. Le recul des glaciers engendre des risques qui n'existaient pas auparavant.

Destruction des sentiers suite à la Tempête Alex © J. Chaudet- Parc national du Mercantour
Après travaux des sentiers suite à la Tempête Alex © J. Chaudet- Parc national du Mercantour

Cette répétition transforme profondément le travail des parcs nationaux, devant de plus en plus fréquemment être confrontés à des dégâts d’ampleur croissante sur les infrastructures qu’ils gèrent. Quand la réparation, notamment des sentiers et infrastructure d’accès, devient récurrente, remettre en état à l'identique n'a plus toujours de sens : il faut arbitrer entre les itinéraires à maintenir, ceux à déplacer et ceux auxquels renoncer. Un arbitrage qui suppose de savoir, au préalable, où se situent les vulnérabilités climatiques du territoire pour s’y adapter.

Diagnostiquer les vulnérabilités pour préparer l’adaptation

Les équipes des parcs nationaux observent les transformations des milieux naturels sur le terrain. Pour distinguer les tendances durables des variations d’une année à l’autre, elles s’appuient sur des suivis réguliers menés avec les scientifiques et les professionnels des territoires. Ces observations, croisées avec les projections climatiques, permettent d’établir un diagnostic de vulnérabilité : quels milieux, espèces ou activités risquent d’être les plus affectés ? Quelles sont leurs capacités d’adaptation ? 

Les réponses aident les établissements à définir des priorités de gestion avec leurs partenaires et à les réexaminer à mesure que les connaissances évoluent.

Le lagopède alpin, très sensible aux variations climatique, est une espèce sentinelle pour évaluer l’impact du changement climatique en montagne © J. Blanc - Parc national de la Vanoise
En atténuant l’impact des vagues, les banquettes de posidonie protègent les plages de l’érosion et contribuent ainsi à l’adaptation du littoral au changement climatique © M. Gasquy - Parc national de Port-Cros

Pour passer du diagnostic à l’action, les gestionnaires d’aires protégées peuvent s’appuyer sur Natur’Adapt, une méthode élaborée par Réserves naturelles de France. Dans le Parc national de forêts, elle a notamment permis d’étudier les vulnérabilités des habitats forestiers, d’espèces comme la Cigogne noire ou le Sabot de Vénus, mais aussi des activités d’exploitation et de transformation du bois. Ce travail, mené avec les acteurs du territoire, permet de réfléchir à des réponses concrètes : adapter les pratiques de gestion forestière, préserver les ressources en eau et les milieux humides, ou encore accompagner l’évolution de la filière bois face au changement climatique.

Le plan d'adaptation du Mercantour

Dans le Parc national du Mercantour, les effets du changement climatique se manifestent de différentes manières : le manque d’eau et d’herbe fragilise les activités pastorales, la diminution de l’enneigement perturbe les pratiques sportives hivernales et les pluies torrentielles accentuent les risques d’inondation et de glissement de terrain. Pour mieux anticiper ces changements, le Parc élabore un plan d’adaptation avec les acteurs du territoire. Ce travail vise à identifier les vulnérabilités locales et à définir les priorités d’adaptation pour la préservation des milieux naturels, les activités humaines et la gestion des risques, à court, moyen et long terme. 

Illustration " Les effets du changement climatique dans le Mercantour : à quoi se préparer ? ", projet CambioVia Pro, programme INTERREG Italie-France Maritime © Giulia David
En savoir plus.

Les parcs nationaux, laboratoires de l'adaptation

Le dérèglement climatique exerce une pression forte sur les écosystèmes des parcs nationaux. Or, ces derniers jouent un rôle majeur dans la régulation du climat, la résilience des territoires et l'apport de services environnementaux essentiels. Les aires protégées, en limitant les pressions exercées par les activités humaines, contribuent à préserver ces fonctions. Elles sont aussi des refuges et des réservoirs de biodiversité : elles accueillent les espèces contraintes de migrer et favorisent leur résilience face au changement climatique. 

C'est pourquoi, en tant que gestionnaires d'espaces naturels, les parcs nationaux adaptent leur gestion afin de garantir la pérennité de ces bénéfices et de ces patrimoines.

Ils agissent selon 5 leviers : 

Véritables puits de carbone et importants producteurs d’oxygène, les herbiers de posidonie jouent un rôle majeur dans la régulation du climat et dans la préservation de la biodiversité mondiale © O. Bianchimani - Parc national des Calanques
Lles mangroves constituent des barrières naturelles contre l’érosion et les tempêtes, renforçant la résilience des littoraux face au changement climatique © F. Salles - Parc national de la Guadeloupe

La contribution des parcs nationaux au cadre national

Établissements publics sous tutelle du ministère chargé de la Transition écologique, les parcs nationaux sont partie prenante du Plan national d'adaptation au changement climatique.

Le Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC) fixe la feuille de route de la France pour faire face aux effets du dérèglement climatique. La troisième version a été publiée le 10 mars 2025 par le ministère en charge de la Transition écologique, à l'issue d'une consultation publique. Elle comporte 52 mesures et plus de 200 actions concrètes à court, moyen et long terme. Dans son axe dédié à la protection du patrimoine naturel et culturel, le PNACC confie aux parcs nationaux le pilotage deux actions :

Suivi annuel de la ressource fourragère © J. Mansons - Parc national du Mercantour
Carottages glacier Blanc 2017 © M. Coulon - Parc national des Ecrins
Une agente fait un prélèvement dans un lac.
Suivi lacs sentinelles, La Muzelle © J.P Telmon - Parc national des Ecrins

Les parcs nationaux sortent d'une logique de conservation statique. Désormais, le changement climatique doit être intégré systématiquement dans les documents de gestion, pour les aires terrestres comme marines. Cette action encourage les diagnostics de vulnérabilité, les plans d’adaptation et l’expérimentation de modes de gestion. Elle est pilotée par les têtes de réseaux d’aires protégées, avec l’appui de l’État et de l’Office français de la biodiversité.

Les glaciers et les lacs proglaciaires constituent une réserve d'eau douce dont dépendent les vallées. Leur recul modifie en profondeur les écosystèmes glaciaires et périglaciaires, et fait apparaître de nouveaux milieux là où la glace se retire. Cette action vise à améliorer les connaissances sur les écosystèmes glaciaires, périglaciaires et post-glaciaires et, plus largement, sur la cryosphère. Copilotée par la direction de l’Eau et de la Biodiversité et le collectif des Parcs nationaux, elle prévoit des outils communs de suivi pour mieux partager les données utiles aux territoires de montagne. Les suivis de long terme et les diagnostics locaux donnent ainsi aux parcs des bases pour adapter leur gestion à mesure que les milieux évoluent.